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Solidarité internationale #WithCatalonia

Cette famille lointaine qui nous rappelle qu’on n’est pas seul

(Chronique de With Catalonia, 16 et 17 décembre 2017, publié en catalan et espagnol  le 23 décembre sur Marx21.com)

Je ne dirais pas que je suis une activiste « qui passait dans les parages », mais plutôt que je le suis devenue précisément « parce que j’étais dans les parages ». En effet, je me trouvais le 1er octobre au marché du Guinardó (Barcelone), parmi ceux qui faisaient la queue pour voter, lorsque la police a chargé. Je me suis dès lors investie dans la tâche de raconter la Catalogne depuis l’endroit où je vis, Paris. Lors du week-end du 16 et 17 décembre j’ai eu l’opportunité de participer aux journées organisées par With Catalonia, au coeur de la Barceloneta, dans une école attaquée par la police le jour du référendum, sous un soleil rayonnant qui faisait beaucoup de bien à ceux qui comme moi étaient venus de la froide grisaille du nord.

Avec plus de 300 personnes inscrites, – provenant des quatre coins de l’Etat espagnol comme les Asturies, la Castille-la Manche, le Pays Basque, l’Andalousie, mais aussi du reste du monde, l’Irlande, le Canada, l’Ecosse, l’Angleterre, la Sardaigne, la France, l’Allemagne, la Suisse, la Grèce, le Kurdistan, et j’en oublie certainement encore – la rencontre pourrait selon moi se résumer en deux points : 1) nous démontrons que nous sommes nombreux à considérer que ce qui se passe en Catalogne est une opportunité de remettre en question le système ; 2) nous nous demandons ce que nous pourrions améliorer afin d’être encore plus nombreux.

Au cours de la magnifique cérémonie d’accueil qui a vu défiler un large éventail de participants, l’émouvante présence des parents de Guillem Agulló, assassiné par un groupe fasciste en 1993, a montré combien certains types de comportements existants ne peuvent être aujourd’hui oubliés. Et nous n’avons pas oublié, puisque l’un des groupes de travail le plus enrichissant de l’après-midi était celui qui portait sur la « lutte contre le fascisme ». Je ne peux cependant pas en témoigner de première main car le temps étant compté, les participants forts nombreux, nous avons dû nous répartir entre les diverses thématiques transversales.

With Catalonia opening event Escola Mediterrania
Bienvenue aux participants à With Catalonia à l’Escola Mediterrània.

Autocritique et oser mener des actions concrètes

J’ai participé au groupe de travail consacré aux médias. Le format de la réunion m’a passablement étonné, car il s’agissait d’une conférence qui n’a donné la parole que très tard aux « non conférenciers ». Je voudrais tout de même souligner l’apport radical de Roc Martínez, membre du comité d’entreprise de TV3, à l’heure de rappeler que les médias sont aussi des entreprises avec des salariés dont les droits et les besoins basiques doivent être couverts afin qu’ils puissent exercer leur profession. Il a également adhéré à l’autocritique entamée par d’autres journalistes présents. Ceux-ci reconnaissaient que la pression subie pendant ces derniers mois, et notamment à partir de l’application du 155 pourrait les avoir rendu moins critiques envers « le processus » (en catalan, « el procès »), contribuant ainsi à la propagation de ce qu’on a nommé un « indépendantisme magique ».

D’un autre côté, le format du groupe de travail sur le féminisme et le mouvement LGBT était beaucoup plus accessible. Il a rendu possible la participation des femmes qui veulent en finir avec les clichés sur le féminisme et qui demandent des propositions d’actions concrètes. Le féminisme quotidien c’est très bien, on a l’impression qu’on le pratique déjà depuis longtemps – depuis toujours peut-être – mais on avance que très lentement. Tina MacVeigh, de People Before Profit, nous a raconté ce que son collectif a décidé de faire en Irlande : décliner l’invitation aux évènements qui ne garantissent pas la participation paritaire. Point barre.

Vu de l’extérieur de l’Etat espagnol…

En tant que membre du CDR Paris, j’ai assisté dimanche à la réunion de solidarité internationale avec la Catalogne. Au-delà du rôle des CDR venant de l’extérieur – dont la représentation néanmoins peu nombreuse doit nous forcer à résoudre de notre côté la question de notre adaptation aux réseaux de soutien extérieur aux droits démocratiques en Catalogne -, je mets spécialement en valeur la présence des syndicats et des collectifs déjà enracinés dans le tissu des luttes a l’international. C’est l’appui de ce type d’organisations qui donnera à la campagne de soutien à la république catalane sa force et sa continuité.

Ce matin-là nous avons parlé d’actions. Actions comme celle du parti de Tina, People Before Profit, qui est parvenu à hisser le drapeau catalan sur l’hôtel de ville à Dublin. Ou encore celle des activistes du Catalan Defence Committee Glasgow qui ont proposé de mettre des élus des institutions dans une situation « difficile » en les invitant à se prendre en photo devant l’affiche « I support democracy »… Exemples qui illustrent précisément le thème suivant, au cœur du débat avec les camarades du reste de la planète.

Comment « transversaliser » notre lutte? Comment la rendre mainstream ?

Comme nous le savons, l’imaginaire international n’est pas bienveillant avec l’indépendantisme catalan. Quels sont donc les plus petits dénominateurs communs que nous partageons avec les mouvements politiques et sociaux de gauche ? Nous avons suivi les expériences des camarades français du Collectif de Solidarité avec le Peuple Catalan qui ont eux-mêmes gagné le soutien du parti Europe Ecologie les Verts, ainsi que celles du collectif Catalan Solidarity Action à Londres. Ces derniers ont également pu compter sur des soutiens en articulant les principes de leur lutte 1) contre la répression et 2) pour l’autodétermination.

D’aucuns diront peut-être que c’est là adapter notre message afin de le rendre plus digeste, afin d’attirer des soutiens… Or, les deux axes précédemment cités ne sont-ils pas ceux qui font qu’aujourd’hui la demande d’indépendance catalane soit radicalement de gauche ?

With Catalonia international debate
Représentants des collectifs internationaux réunis à With Catalonia

Voilà les réflexions que je retiens de ce week-end, en plus d’avoir obtenu beaucoup de nouveaux contacts. Je remercie l’opportunité d’avoir pu me rendre là-bas, d’avoir constaté que nous sommes nombreux – et pas seulement nous, les catalans, – à devoir affronter tous les jours dans nos pays et communautés respectifs les mêmes clichés, la même froideur. Nous sommes légitimes dans l’exigence d’accomplissement de nos droits et nous ne sommes pas les seuls à le faire. De la chaleur s’est dégagée de ces rencontres, et, visiblement, une grande envie de profiter du réseau With Catalonia.

Par Judith Escales, CDR Paris

Photos:Catalan Defence Committee Glasgow, With Catalonia, J.E.

 

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